Spurgeon : des prédications simples et accessibles à ses auditeurs (4/8)

Publication en 8 articles d’un travail de recherche que j’ai réalisé pour l’Institut Biblique Belge. Le sujet était « Les caractéristiques des prédications de Spurgeon, et les leçons que nous pouvons en tirer pour aujourd’hui » (voir article 1, 2, 3).

Quand Spurgeon prêchait, il le faisait de manière à être compris. Pour lui, la prédication n’était pas une formalité dont il fallait s’encombrer, une simple tradition ecclésiale, ou une tâche pastorale parmi tant d’autres. C’était plutôt le moyen par lequel Dieu parle à son peuple, à travers sa parole expliquée et appliquée. Si Spurgeon prêchait, c’était donc par amour pour ses auditeurs, parce qu’ils avaient besoin de cette parole de Dieu pour être en bonne relation avec Dieu et pour vivre pour sa gloire (cf. 2 Timothée 3.14-17). Cet amour pour les âmes l’amenait à être simple et accessible pour son auditoire :

L’amour pour les âmes agira de bien des façons dans notre ministère. Entre autres, cela nous rendra très clair dans notre discours. Nous nous dirons : « Non, je ne dois pas utiliser ce mot dur, car cette pauvre femme dans l’allée ne me comprendrait pas. Je ne dois pas souligner cette difficulté obscure, car l’âme qui tremble là-bas pourrait en être stupéfaite et ne pas être soulagée par mon explication. »[1]

Le contexte dans lequel Spurgeon a exercé son ministère l’a grandement poussé à faire preuve d’un souci de compréhension particulier. Au 19e siècle, plusieurs mouvements libéraux ont vu le jour, notamment en Allemagne. Spurgeon faisait face à de nombreux théologiens allemands libéraux qui rendaient les vérités bibliques complexes et inaccessibles. De plus, beaucoup de pasteurs étaient tombés dans un christianisme nominal – leur prédication n’avait pas pour but de gagner des âmes à Christ, et leur soucis principal n’était pas d’être compris par leur auditoire. C’est ce qu’il met en avant dans cette prédication du 30 mars 1862 :

Si vous allez acheter certains livres qui vous enseignent comment préparer des prédications, vous verrez que la signification est ceci : choisissez tous les mots durs que vous pouvez parmi tous les livres que vous lisez dans la semaine, puis versez-les sur votre communauté le dimanche ; il y a un certain nombre de personnes qui applaudissent toujours l’homme qu’ils ne peuvent pas comprendre.[2]

C’est ce contexte, entre autres, qui a amené Spurgeon à être si exigeant avec lui-même sur la nécessité d’être clair, simple et accessible. La plupart des prédicateurs contemporains n’avaient pas pour but de présenter l’Evangile de manière simple. Par leurs prédications, ils faisaient plutôt paraître la Bible comme un livre mystérieux, et l’Evangile comme un concept théologique abstrait qui ne concernait pas la vie de leurs auditeurs. A l’opposé, Spurgeon affirmait : « Ah, nous ne devons pas considérer la Bible comme un livre destiné aux âmes transcendantales surélevées – c’est un livre de tous les jours.[3] »

Spurgeon voulait être compris par les ouvriers, les enfants, les ménagères, les personnes plus simples d’esprit et toutes les autres classes de la société. Il voulait leur communiquer clairement les vérités de l’Evangile, pour qu’ils les comprennent et qu’ils les vivent.

Comme il a dit : « Cacher des choses claires dans des phrases sombres, c’est du sport plutôt que du service pour Dieu.[4] »

Une leçon pour nous au 21ème siècle

La Bible est claire, et son message est accessible à quiconque s’en approche avec un cœur humble et sincère[5]. Les prédications bibliques se doivent donc de respecter aussi ce principe.

La question qui se pose à nous, prédicateurs du 21ème siècle, est donc la suivante : Quand nous prêchons, est-ce que nous donnons l’impression que Dieu parle d’une manière claire et compréhensible ? Ou est-ce que notre prédication amène à penser que seuls les « spécialistes » sont capables de réellement comprendre la Bible et d’avoir accès à la révélation de Dieu ?

Une prédication plus « compliquée », plus chargée de concepts théologiques et de mots savants n’est pas plus biblique pour autant. A l’inverse, une prédication simple, claire et limpide, qui est accessible aux plus simples d’esprit, n’en est pas moins biblique pour autant ! La simplicité n’est pas un défaut pour une prédication – bien au contraire.

C’est un danger dans lequel je peux facilement tomber, souvent en voulant bien faire, par exemple en voulant faire découvrir toute la richesse de ce que j’ai découvert dans mon étude du texte. Mais si nous ne transmettons pas les vérités de la parole d’une manière simple et limpide, nous allons faire croire à nos auditeurs que seuls ceux qui ont appris le grec et l’hébreu peuvent vraiment comprendre ce que dit la Bible.

A la suite de Spurgeon, cherchons la clarté dans notre prédication. Assurons-nous que notre langage soit adapté à notre auditoire. Une bonne question à se poser dans ce sens serait : est-ce que les mots que je vais utiliser dans ma prédication sont des mots que mes auditeurs utiliseraient ?

 

[1] Spurgeon, op. cit., p.352.

[2] Sermon n°446 du 30 mars 1862 (http://archive.spurgeon.org/sermons/0446.php).

[3] Sermon n°542 du 29 novembre 1863 (http://archive.spurgeon.org/sermons/0542.php).

[4] Spurgeon, op. cit., p.353.

[5] Cf. la doctrine de la clarté de l’Ecriture.

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