Spurgeon : des prédications riches en illustrations (3/8)

Publication en 8 articles d’un travail de recherche que j’ai réalisé pour l’Institut Biblique Belge. Le sujet était « Les caractéristiques des prédications de Spurgeon, et les leçons que nous pouvons en tirer pour aujourd’hui » (voir article 1, 2).

Une autre caractéristique qui ressort des prédications de Spurgeon est qu’elles sont riches en illustrations. Ses prédications sont en effet remplies d’anecdotes, d’images du quotidien, de citations, d’histoires vécues. Il intégrait ces choses à sa prédication, non pas dans le but de distraire son auditoire ou pour combler un vide dans sa prédication, mais plutôt pour illustrer ses propos, avec clarté et pertinence. Dans sa volonté d’être simple et accessible à ses auditeurs[1], Spurgeon cherchait constamment à illustrer les vérités qu’il mettait en avant.

On peut relever plusieurs types d’illustrations que Spurgeon utilisait.

Des histoires vécues

Spurgeon était convaincu de la puissance d’une histoire vécue, bien racontée, pour ancrer dans le cœur du croyant une vérité biblique. C’est ce qu’il met en avant en disant :

C’est un régal d’entendre un très bon prédicateur raconter son expérience de la manière dont il est venu à Christ. (…) Un témoignage simple et chaleureux, c’est comme des raisins fraîchement coupés de la vigne : qui mettrait une grappe de raisins de côté ?[2]

Des illustrations authentiques, tirées du vécu du prédicateur, ont une réelle pertinence pour Spurgeon. L’idée n’est pas de se mettre en avant pour occuper toute la place, ou de partager des choses de manière inopinée, mais plutôt d’ouvrir son cœur à ses auditeurs. Le but est de montrer comment la parole a touché notre quotidien, à un moment donné, dans une situation précise, pour illustrer ce que l’on veut transmettre. Spurgeon n’hésitait pas à laisser transparaître sa propre faiblesse, ses propres luttes, et ses phases de découragement. Mais il partageait également ses joies, ses victoires, et ses encouragements – avec un bon équilibre.

Des éléments du quotidien

Il semble que Spurgeon était à l’affut de tout ce qu’il voyait et vivait, dans son quotidien et celui de ses auditeurs, pour y trouver des ponts d’illustrations vers des vérités bibliques. Ses prédications comprennent de nombreuses illustrations tirées de son quotidien.

Sa visite au marché, son trajet jusqu’à l’Eglise, ses vacances à Menton : dans tout ce qu’il vivait, il savait repérer les éléments qui allaient pouvoir servir d’illustration pour sa prédication[3].

Ces illustrations ont beaucoup de pertinence, car elles parlent directement aux auditeurs : elles sont tirées du quotidien, de ce que les gens vivent, de ce qu’ils voient chaque jour. Elles serviront de rappels du contenu de la prédication dans le quotidien des gens.

Un langage imagé

Spurgeon s’exprimait avec beaucoup d’éloquence. Il savait utiliser certains mots à bon escient, ajouter les bons adjectifs, et varier les types de verbes qu’il employait. Cette habileté linguistique l’amenait aussi à utiliser un langage souvent très imagé, qui rendait plus clair à ses auditeurs les émotions qu’il souhaitait transmettre.

Par exemple, en parlant de la valeur de la repentance, il s’exprime ainsi : « Les larmes d’une sincère pénitence sont les diamants du ciel.[4] » Les phrases comme celle-ci ont du poids. Cela permet d’exprimer beaucoup en peu de mots. Cela permet d’être très profond et de transmettre, non seulement une vérité, mais aussi les sentiments mêlés à cette vérité. Spurgeon savait utiliser cela à bon escient.

Des cantiques et des citations

Spurgeon cite aussi souvent des cantiques. Presque à chaque sermon, il lit une strophe d’un cantique en rapport avec sa prédication. Ce sont probablement des cantiques que les gens connaissaient, qui leur parlait. Cela lui permettait de lier le sujet de sa prédication avec un chant que ses auditeurs connaissaient, et allaient chanter à nouveau, en se souvenant de la prédication. La citation de cantiques permet également d’exprimer ou d’illustrer une vérité courtement, car les cantiques, écrits sous forme de poésie, contiennent des phrases courtes mais puissantes, bien construites et réfléchies.

Spurgeon n’hésitait pas non plus à citer d’autres prédicateurs, auteurs chrétiens, ou amis. On retrouve dans ses prédications de nombreuses citations courtes, pour illustrer un élément de sa prédication. A ceux qui s’opposeraient à citer d’autres personnes, Spurgeon répond ainsi : « Celui qui ne cite jamais ne sera jamais cité. Celui qui n’utilise pas les pensées des cerveaux des autres hommes prouve qu’il n’a pas de cerveau lui-même.[5] »

Une leçon pour nous au 21ème siècle

Dans un siècle où le visuel est roi, où Facebook et YouTube siègent dans la conscience de nos auditeurs, Spurgeon nous offre un bel exemple.

Ne négligeons pas la pertinence d’une bonne illustration. Soyons intentionnels sur ce point, et n’attendons pas nécessairement que les idées viennent (car parfois, elles ne viennent pas !). Comme Spurgeon, vivons notre quotidien à l’affut de ce qui pourrait illustrer les vérités bibliques que l’on souhaite transmettre. Soyons imprégnés par la culture dans laquelle nos auditeurs vivent, afin d’y trouver des ponts vers les vérités de la parole. Vivre en ermite de la société nous serait en grande défaveur à cet égard ! Vivons ce que nos contemporains vivent, lisons ce qu’ils lisent, écoutons ce qu’ils écoutent, afin de pouvoir y relever des points de contact avec les vérités de l’Evangile. Cet appel m’est premièrement adressé – j’ai des progrès à faire sur ce point.

N’hésitons pas, également, à partager notre propre expérience dans l’un ou l’autre domaine, lors d’une prédication. N’ayons pas peur d’ouvrir notre cœur à nos auditeurs. Bien sûr, faisons-le avec sagesse et parcimonie – le but n’est pas d’étaler notre vie chaque dimanche !

Soyons conscients, enfin, que Spurgeon nous montre un bon équilibre d’illustrations qui sont utilisées, pas pour distraire ou pour « alléger » le contenu théologique de la prédication, mais plutôt pour imprégner dans le cœur des auditeurs les vérités bibliques.

Souvent, notre défi ne sera pas de dire plus, mais de dire moins, en illustrant plus ! Cela par amour pour nos auditeurs, et par volonté que la parole touche leur quotidien.

 

[1] Voir la 6ème caractéristique à ce sujet.

[2] Spurgeon, op. cit., p.347.

[3] Pour des exemples de tels illustrations, voir, par exemple, Spurgeon, op. cit., p.346, ou p.51 du même livre.

[4] Sermon n°16 du 25 mars 1855 (http://archive.spurgeon.org/sermons/0016.php), traduit sur : http://leboncombat.fr/premiere-priere-paul/.

[5] Sermon n°542 du 29 novembre 1863 (http://archive.spurgeon.org/sermons/0542.php).

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2 Comments

  1. C’est ce que je préfère chez Spurgeon. Je viens d’en lire une dans son sermon « Le piège de l’oiseleur » (Are you sure you read Spurgeon, Ed. Théotex), que je trouve fameuse :
    « « Il te délivrera du piège » ; et comment cela ? Souvent en envoyant l’épreuve. Oui, l’épreuve est un des moyens par lesquels Dieu nous arrache souvent. Vous connaissez l’histoire de ce peintre célèbre qui couvrait de fresques l’intérieur de Saint-Paul, et qui, pour regarder son travail, reculait peu à peu sur l’échafaudage où il était, afin de pouvoir l’embrasser d’un coup d’oeil dans son ensemble et en juger les proportions. Il avait fini par atteindre ainsi le fin bord, et il reculait encore… Un pas de plus, et il tombait d’une hauteur prodigieuse sur les dalles de l’église ; un instant plus tard, il se serait infailliblement brisé, si, à ce moment suprême, l’un des ouvriers, voyant le danger qui menaçait son maître et voulant le sauver, n’avait imaginé un expédient qui réussit fort heureusement. Au lieu de lui crier : « Maître, vous allez vous précipiter ! ce qui aurait certainement fait faire au peintre un mouvement de recul fatal à ses jours, il prit un grand pinceau imbibé de couleurs et le lança contre la fresque. Furieux, à la vue de cet acte de vandalisme, le bon peintre fit un saut en avant pour châtier le maladroit.
    Mais lorsqu’on lui eut expliqué le motif, il vit clairement que cet homme venait de lui sauver la vie. Dieu fait de même. Nous avons souvent, vous et moi, travaillé à quelque peinture, et nous nous sommes reculés pour l’admirer à distance. Mais Dieu, voyant que nos mouvements rétrogrades nous rapprochaient de l’affreux précipice de la mort éternelle, a employé alors sa providence pour nous plonger dans
    l’adversité. Il a dérangé et renversé tous nos plans ; Il nous a enlevé nos enfants ; Il a enfermé dans une tombe la compagne de nos jours ; Il nous a ravi quelqu’objet trop tendrement aimé ! Alors nous nous
    sommes précipités en avant comme pour le retenir, nous écriant : « Seigneur, pourquoi ? » Et nous sommes bien loin de nous douter que, sans cette épreuve, nous allions être précipités et engloutis dans
    une ruine éternelle… »

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    1. Excellent ! Merci David pour le partage 🙂

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