Spurgeon : des prédications qui appellent à la repentance et à la foi (2/8)

Publication en 8 articles d’un travail de recherche que j’ai réalisé pour l’Institut Biblique Belge. Le sujet était « Les caractéristiques des prédications de Spurgeon, et les leçons que nous pouvons en tirer pour aujourd’hui » (voir article 1).

L’autre élément majeur des prédications de Spurgeon concerne leur caractère évangélisateur. On pourrait croire que chaque prédication de Spurgeon était une prédication d’évangélisation. Et c’est effectivement le cas ! Spurgeon termine rarement un sermon sans appeler ses auditeurs à la repentance et à la foi. On peut soulever plusieurs éléments à ce propos.

Premièrement, cela est dû au fait que Spurgeon était conscient que parmi ses fidèles, certains pouvaient être chrétiens que de nom. Comme le met en avant Jake Hovis : « Bien que prêchant le dimanche matin à l’Eglise rassemblée pour le culte, Charles ne présume pas qu’il ne parle qu’aux rachetés.[1] » Il était conscient que certains pouvaient se dire « chrétien » sans l’être réellement – surtout à une époque où, en Angleterre, le protestantisme était très répandu, et la morale chrétienne largement acceptée. Il était facile de vivre comme un chrétien, d’aller à l’Eglise (et même d’y prêcher !), sans pourtant avoir pour autant compris le message de grâce que la Bible présente.

Deuxièmement, cela s’explique par son amour pour les âmes perdues. Il était conscient de la réalité de l’enfer, du jugement, du péché. Il était conscient de l’enjeu éternel de ces questions. Il souhaitait réellement et sincèrement que le plus grand nombre soit sauvé. Il ne pouvait pas concevoir que, parmi ses auditeurs, certains quittent cette terre sans avoir été avertis !

Cela permet de mettre en avant ceci : le calvinisme de Spurgeon ne l’empêchait pas d’avoir un fardeau pour les âmes, et sa passion pour les âmes perdues ne l’empêchait pas d’être un calviniste convaincu ! Bien que calviniste, Spurgeon était un évangéliste, ce qui prouve que les deux ne s’excluent pas, bien au contraire. Spurgeon croyait en un Dieu souverain, qui choisit, appelle et sauve ses élus. Et il croyait aussi en sa responsabilité de prêcher l’Evangile à quiconque voudrait l’entendre, et d’appeler tout homme personnellement à la repentance et à la foi en Christ pour être sauvé. Son calvinisme était ce qui lui donnait de l’assurance dans sa prédication de l’Evangile, comme on le lit dans cette citation : « Quand vous prêchez l’Evangile, des âmes seront sauvées. Pour atteindre ce but, vous devez vous en tenir à l’Evangile, car c’est le seul moyen ordonné par Dieu pour la conversion des pécheurs.[2] » Le salut des âmes ne se passe effectivement pas sans la prédication de l’Evangile !

Une leçon pour nous au 21ème siècle

C’est un point sur lequel j’ai personnellement beaucoup à apprendre. L’appel à la repentance et à la foi était très clair chez Spurgeon, mais est-ce aussi le cas dans nos prédications ? C’est probablement un danger pour nous, prédicateurs du 21ème siècle. Nous sommes à une époque où la simple mention de Dieu est politiquement peu correcte – alors combien plus celle de l’idée du jugement et de la nécessité de la repentance ! La foi est une affaire privée pour beaucoup de nos contemporains, et ils n’acceptent pas que quelqu’un s’immisce dans leur croyances pour leur dire comment agir. Face à cette peur de choquer et de blesser, nous pouvons tomber dans le danger d’adoucir notre message et notre appel à la repentance. Cependant, laissons Spurgeon nous rappeler à l’ordre à cet égard. L’appel à se repentir et à croire en Christ fait partie de la prédication évangélique. C’est l’exemple qu’a laissé Paul, dans un contexte très peu favorable (Actes 17.30-31), à la suite de Jésus (Marc 1.15).

De plus, nous pouvons apprendre de Spurgeon en ne prenant pas pour acquis le fait que tout notre auditoire soit forcément au clair par rapport au salut – même lorsque nous nous adressons à une assemblée évangélique. Si nous n’annonçons jamais l’Evangile de manière à appeler nos auditeurs à la foi et à la repentance, c’est peut-être parce que nous ne sommes pas conscients que, parmi ceux qui nous écoutent, certains sont encore morts dans leurs péchés (cf. Ep 2.1) et ont grand besoin de la grâce de Dieu.

 

[1] https://www.spurgeon.org/resource-library/blog-entries/spurgeons-greatest-sermon.

[2] Spurgeon, cite par Drake Osborn : https://www.spurgeon.org/resource-library/blog-entries/spurgeons-evangelistic-confidence.

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2 Comments

  1. Merci beaucoup Benjamin de nous partager tes découvertes et tes recherches, c’est passionnant ! Je suis justement en train de lire « Are you sure you read Spurgeon ? » (Ed. Théotex) et j’ai relevé une citation intéressante dans la petite notice introductive de l’éditeur :
    « Voici ce qu’il (Ch. Spurgeon) déclare, ensuite âgé de 42 ans, dans son sermon No 1270 : « Il y a eu depuis longtemps de grandes discussions doctrinales entre les Calvinistes et les Arminiens sur plusieurs sujets importants. Quant à moi je suis persuadé que seul le calviniste a raison sur certains points, et que seul l’Arminien a raison sur d’autres. Il y a beaucoup de vérité dans le côté positif de chacun des deux systèmes, et aussi beaucoup d’erreur dans leur côté négatif. Si l’on me demandait : Pourquoi un homme sera-t-il damné ? Je répondrais comme un Arminien : Il s’est détruit lui-même. Je n’oserais pas mettre la perdition d’une âme sur le compte de la souveraineté de Dieu. » Et encore, à 47 ans : « On m’a qualifié d’Arminien Calviniste, et aussi de Calviniste Arminien ; cela m’est complètement égal, pourvu que je continue à m’en tenir fidèlement à ce que dit ma Bible. »
    Mais même sans attendre ces témoignages d’une maturité avancée, il suffisait de prendre connaissance du contenu de ses sermons pour s’apercevoir que Spurgeon n’a jamais prêché la théologie calviniste,
    mais seulement l’Évangile ! »

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    1. Intéressant, qui est l’auteur de cette notice introductive ? J’avoue être un peu surpris, il faut que je creuse ça. Spurgeon se déclarait pourtant ouvertement calviniste (voir par exemple dans cette citation : http://www.christestmavie.fr/spurgeon-credo-jesus-christ/). Cependant, si l’auteur entend par là l’hyper-calvinisme de l’époque, la citation prend du sens.
      Merci pour ton commentaire en tout cas !

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