Spurgeon : des prédications préparées avec sérieux (7/8)

Publication en 8 articles d’un travail de recherche que j’ai réalisé pour l’Institut Biblique Belge. Le sujet était « Les caractéristiques des prédications de Spurgeon, et les leçons que nous pouvons en tirer pour aujourd’hui » (voir article 1, 2, 3, 4, 5, 6).

Quand on pense à Spurgeon, qui devait prêcher plusieurs fois par semaines, on imagine souvent qu’il avait un talent naturel pour pouvoir prêcher de manière spontanée, sans aucune préparation, et avec grande facilité. On pense qu’il pouvait arriver et prêcher, sans avoir eu besoin de suer sur le texte biblique au préalable. Mais ce n’est pas le cas !

Il est vrai que l’on doit reconnaître à Spurgeon un vrai don de prédicateur, qui venait de Dieu. L’œuvre de l’Esprit à travers lui est le « secret » de son succès. Mais cela n’excluait pas une préparation rigoureuse de ses prédications.

Certains pensent que nous avons peu ou rien d’autre à faire que de nous tenir en chaire et de déverser un flot de mots deux ou trois fois par semaine ; mais ils devraient savoir que, si nous ne consacrions pas beaucoup de temps à l’étude diligente, ils recevraient des prédications marquées par la pauvreté.[1]

Le temps de préparation était un élément indispensable d’une prédication pour Spurgeon – même au milieu d’une semaine remplie. Spurgeon prenait la prédication trop au sérieux pour vouloir la négliger. Il était conscient que dans la prédication, il était question du salut des âmes et de fidélité à Dieu. Il voyait donc comme une erreur grave de négliger le travail préalable : « Mes frères, évitez par-dessus tout de négliger la préparation d’une prédication. Quelqu’un dit : « Eh bien, je prends très peu de temps pour mon sermon. » Ne vous en vantez pas, c’est peut-être votre péché.[2] »

Il encourageait donc – et mettait ça en pratique lui-même – à prendre un temps de préparation sérieux, devant Dieu :

Ne considérez pas la préparation pour la chaire comme une chose insignifiante ; et ne vous précipitez pas sur vos devoirs sacrés sans préparation pieuse pour le service divin.[3]

Une leçon pour nous au 21ème siècle

En ayant à prêcher de manière régulière pendant des années, on peut probablement avoir tendance à tomber dans un certain formalisme, et dans une certaine habitude. Il n’est pas mauvais d’avoir un « rythme de croisière », mais cela ne devrait pas enlever la conscience aigüe de la nécessité de préparer avec sérieux chaque prédication.

Cette négligence du temps de préparation peut aussi facilement voir le jour dans un emploi du temps très chargé. Au vu des nombreuses activités que l’on attribue aux pasteurs de nos jours (être présent à chaque activité, assurer la gestion du bâtiment de l’Eglise, être disponible à tout moment, …), il est facile de réduire peu à peu le temps consacré à la préparation de la prédication. Cependant, à la suite de Spurgeon, il faut rester conscient du caractère on ne peut plus important de la prédication. C’est là le cœur du ministère pastoral : la parole et la prière (cf. Actes 6.4). Rester conscient de ce caractère « sacré » nous amènera à mettre cette activité en priorité dans notre emploi du temps – et à ne rien laisser déborder dessus. Quel défi !

On peut également avoir à tendance à négliger la prédication lorsque l’on se trouve face à un plus petit groupe. S’il est vrai qu’il est plus facile de s’exprimer à l’oral devant 15 personnes que devant 800, nous ne pouvons pas nous permettre de bâcler l’étude de la parole pour autant. La fidélité au texte ne peut dépendre du nombre de personnes dans l’assemblée. Soyons sérieux dans notre préparation, car nous le faisons devant Dieu.

Enfin, Spurgeon nous offre l’exemple d’un bel équilibre entre dépendance à Dieu et rigueur dans la préparation du sermon. Il ne faut pas tomber dans un extrême ni dans l’autre. Soyons rigoureux – mettons-y tout notre cœur et toute notre énergie. Mais soyons conscients que nous dépendons de Dieu, et que l’œuvre de l’Esprit n’est pas garantie par le nombre d’heures passées dans notre bureau à travailler.

 

[1] Spurgeon, op. cit., p.133.

[2] Spurgeon, op. cit., p.335.

[3] Spurgeon, op. cit., p.336.

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