Spurgeon : des prédications passionnées (8/8)

Publication en 8 articles d’un travail de recherche que j’ai réalisé pour l’Institut Biblique Belge. Le sujet était « Les caractéristiques des prédications de Spurgeon, et les leçons que nous pouvons en tirer pour aujourd’hui » (voir article 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7).

Lors d’une des conférences annuelles à l’intention des étudiants de son Institut Biblique, Spurgeon les a encouragés ainsi : « Vivez comme des hommes qui ont quelque chose pour lequel vivre ; et prêchez comme des hommes à qui la prédication est l’exercice le plus élevé de leur être.[1] »

Spurgeon prêchait effectivement avec une passion remarquable[2]. Cette passion peut s’expliquer par deux raisons essentiellement.

Premièrement, à cause de son souci des âmes. La prédication n’était pas pour lui une simple tâche pastorale parmi les autres, ou un devoir barbant dont il devait se charger. C’était plutôt quelque chose de très sérieux – de primordial, avec un enjeu considérable. C’est ce qu’il partage dans cette prédication du 25 mars 1855 :

Peut-être pensez-vous que c’est chose facile de monter en chaire et de prononcer un sermon. Si c’était là tout, Dieu sait qu’en effet notre tâche nous semblerait bien aisée ; mais lorsque nous vous voyons devant nous, et que nous songeons que de nos paroles dépendent en quelque mesure votre salut ou votre perdition éternelle ; – lorsque nous réfléchissons que si nous sommes des sentinelles infidèles, Dieu redemandera votre sang de nos mains ; […] oh ! bon Dieu ! notre âme est saisie de frayeur, nous frémissons et nous tremblons ! […] Ah ! mes frères, sachez-le, la prédication de l’Evangile n’est pas un jeu d’enfant.[3]

L’enjeu de la prédication était énorme : c’était une question de vie ou de mort.  C’était une affaire sérieuse – si sérieuse qu’il voulait y mettre toute sa passion, toute son énergie, et son être tout-entier.

Deuxièmement, parce que Spurgeon croyait ce qu’il prêchait, et vivait ce qu’il prêchait. Il n’était pas en train de parler d’un sujet qui lui était étranger, ou de discourir de manière froide sur un thème dans lequel son cœur ne trouvait aucun plaisir. Il parlait plutôt de l’Evangile par lequel il avait été sauvé, du Sauveur qui était son Sauveur, et du Dieu qui était sa joie, son plus grand bien, son tout. Il serait inutile de prêcher sans croire ce que l’on dit, c’est pour cela que Spurgeon encourage :

Frères, parlez parce que vous croyez à l’Evangile de Jésus, parlez parce que vous sentez sa puissance, parlez sous l’influence de la vérité que vous délivrez, parlez avec le Saint-Esprit envoyé du ciel, et le résultat ne sera pas douteux.[4]

Une leçon pour nous au 21ème siècle

Il est vrai que l’enthousiasme dans la prédication dépend beaucoup du caractère du prédicateur. Nous avons tous des styles différents, et nous ne sommes pas appelés à faire du théâtre. Nous devons être en chaire ce que nous sommes dans notre quotidien.

Cependant, à la suite de Spurgeon, nous pouvons prendre la résolution de prêcher avec force et conviction. Nous ne pouvons pas nous contenter d’une lecture monotone de nos notes, avec un cœur insensible, en pensant accomplir une tâche parmi d’autres dans notre ministère. Nous avons plutôt besoin de prendre conscience de l’enjeu de la prédication, afin de nous exprimer avec une sainte crainte et une conviction placée au bon endroit.

Ainsi, lors de notre travail préparatoire, tout n’est pas fini lorsque notre manuscrit est terminé. Nous avons besoin premièrement d’être impactés dans notre cœur, en profondeur, par ce que nous allons dire. Nous prêchons la parole de Dieu, avec tout l’enjeu que cela implique. Face à la beauté de l’Evangile, la passion s’impose dans nos prédications.

Conclusion

Cette étude des prédications de Spurgeon, malgré sa brièveté, offre des leçons utiles pour notre ministère de prédicateur aujourd’hui.

Il est vrai que l’on peut ressentir un vrai gouffre entre l’expérience de Spurgeon et la nôtre. Il prêchait à des milliers d’auditeurs – notre assemblée n’en compte même pas cent. Ses sermons étaient diffusés dans le monde entier – les nôtres ne semblent pas avoir un impact si grand. Son nom reste dans les mémoires après plusieurs siècles – le nôtre sera bien vite oublié. Face à ce constat, ces paroles de Drake Osborn sont les bienvenues :

Comme Spurgeon, nous comptons sur la promesse de Dieu que le boomerang de son Evangile prêché revient toujours en portant du fruit, et nous faisons notre mission de proclamer la bonne nouvelle de Jésus jusqu’à ce qu’il revienne pour nous faire sien. Nous ne sommes peut-être pas Spurgeon, mais son message est notre message, son Dieu est notre Dieu, et sa confiance est notre confiance.[5]

Forts de cette assurance, nous pouvons continuer à prêcher fidèlement l’Evangile de Christ, que Spurgeon s’est efforcé de partager tout au long de son ministère, pour la gloire de Dieu.

 

[1] Spurgeon, op. cit., p.273.

[2] Bien sûr, on ne peut pas l’entendre, mais cela ressort clairement de la lecture de ses prédications. Voir par exemple les citations de Spurgeon dans la conclusion de cet article : http://leboncombat.fr/quarrivera-t-il-a-ceux-qui-nont-jamais-entendu-levangile/.

[3] Sermon n°16 du 25 mars 1855 (http://archive.spurgeon.org/sermons/0016.php), traduit sur : http://leboncombat.fr/premiere-priere-paul/.

[4] Spurgeon, op. cit., p.176.

[5] https://www.spurgeon.org/resource-library/blog-entries/spurgeons-evangelistic-confidence

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