Est-ce que Christ est votre vie ? (Spurgeon)

Dans le cadre d’un travail de recherche sur Charles Spurgeon (1834-1892), je dois lire un certain nombre de prédications de Spurgeon. C’est un exercice très encourageant ! J’ai récemment lu une prédication de Spurgeon sur Philippiens 1.21, le verset à l’origine du titre de ce blog : « Christ est ma vie, et la mort m’est un gain. » Je publie ici un extrait de ce sermon. Comme à son habitude, Spurgeon est clair et direct ! C’est interpellant et édifiant.

Le centre même de l’idée de Paul [en disant « Christ est ma vie »] est ceci : la finalité de sa vie est Christ.

Imaginez voir Paul débarquer sur les rives de Philippes. Là, au bord de la rivière, il y a des navires rassemblés et de nombreux marchands. Là, vous voyez un marchand occupé avec son grand livre et, regardant sa cargaison, il s’arrête et pose sa main sur son front, et dit en serrant son sac d’argent, « Pour moi, ma vie, c’est l’or ». Et là, vous voyez son humble ouvrier, employé dans un travail plus simple, travaillant pour son maître. Lui, transpirant avec des marmonnements de travail entre ses dents, dit « Pour moi, ma vie, c’est gagner une simple subsistance ». Là se tient aussi à côté pour l’écouter un homme qui a un visage studieux, et avec un rouleau plein des personnages mystérieux de la sagesse. « Jeune homme », dit-il, « pour moi, ma vie, c’est apprendre. » « Aha ! aha ! » dit un autre, qui se tient debout, habillé de maille, avec un casque sur la tête, « Je méprise vos modes de vie, pour moi, ma vie, c’est la gloire ».

Mais là marche un homme, un humble fabricant de tentes, appelé Paul ; vous voyez ses traits juifs sur son visage, et il s’avance au milieu d’eux tous et dit : « Pour moi, Christ est ma vie ». Oh ! comme ils sourient avec mépris, et comme ils se moquent de lui, pour avoir choisi un tel sujet ! « Christ est ma vie. » Le savant s’arrête et dit : « Christ, qui est-il ? Est-il cet imbécile, ce fou dont j’ai entendu parler, qui a été exécuté sur le Calvaire pour rébellion ? » La réponse humble est : « C’est celui qui est mort, Jésus de Nazareth, le roi des Juifs ». « Quoi ? » dit le soldat romain, « et tu vis pour un homme qui est mort en esclave ? Quelle gloire obtiendras-tu en combattant ses batailles ? » Ah ! et même l’employé du marchand prend Paul pour un fou ; il dit : « Comment peut-il nourrir sa famille ? Comment peut-il subvenir à ses besoins si ce pour quoi il vit est l’honneur de Christ ? » Oui, mais Paul sait ce qu’il fait. Il est l’homme le plus sage de tous. Il sait quel est le bon chemin pour le ciel, et lequel terminera le mieux. Mais, quoi qu’il en coûte, son âme est entièrement possédée par l’idée : « Christ est ma vie ».

Frères et sœurs, pouvez-vous dire, en tant que chrétiens professants, que vous êtes à la hauteur de l’idée de l’apôtre Paul ? Pouvez-vous honnêtement dire que Christ est votre vie ? Je vais vous dire ce que je pense de beaucoup d’entre vous. Vous vous joignez à nos églises, vous êtes des hommes très respectables ; vous êtes acceptés parmi nous en tant que chrétiens authentiques ; mais en toute honnêteté et vérité, je ne crois pas que Christ soit votre vie. Je vois beaucoup d’entre vous dont les pensées sont absorbées par les choses de la terre ; le simple fait d’obtenir de l’argent ; l’accumulation de richesses semble être votre seul objectif. Je ne nie pas que vous êtes charitables, je n’oserai pas dire que vous n’êtes pas généreux, et que votre chéquier ne porte pas souvent la marque d’une quelconque souscription à des bonnes fins. Mais j’ose dire, après tout, que vous ne pouvez pas dire en toute honnêteté que vous vivez entièrement pour le Christ. (…)

Je sais, mes frères, qu’avec beaucoup de recherche sérieuse, je n’ai pas réussi à réaliser la plénitude de toute la dévotion au Seigneur Jésus. Chaque pasteur doit parfois se questionner et dire : « Ne suis-je pas parfois un peu déformé dans mes paroles ? N’avais-je pas pour but, dans un sermon, de faire émerger une grande pensée au lieu d’énoncer une vérité personnelle ? N’ai-je pas caché un avertissement que j’aurais dû prononcer, parce que je craignais le visage de l’homme ? » N’avons-nous pas tous besoin de nous reprendre nous-mêmes, parce que nous devons dire que nous n’avons pas vécu pour le Christ comme nous aurions dû le faire ? Et pourtant il y a, j’en suis sûr, quelques nobles, l’élite des élus de Dieu, quelques hommes et femmes choisis sur la tête desquels se trouve la couronne et le diadème du dévouement, qui peuvent vraiment dire : « Je n’ai rien dans ce monde que je ne peux pas donner au Christ – je l’ai dit, et je pensais ce que j’ai dit –

‘Prends la force de mon âme et de mon corps,
Tous mes biens et toutes mes heures,
Tout ce que j’ai, et tout ce que je suis.’

Prends-moi, Seigneur, et prends-moi pour toujours. » Ceux-ci sont les hommes qui font nos missionnaires ; celles-ci sont les femmes qui font nos infirmières pour les malades, ce sont eux qui oseraient la mort pour Christ, ce sont eux qui donneraient leur corps à sa cause ; ce sont eux qui dépenseraient et seraient dépensés, qui porteraient l’ignominie, et le mépris et la honte dans le but de faire avancer l’intérêt de leur Maître. Combien en ai-je ici ce matin ? Nombreux sont ceux qui, dans une certaine mesure, appliquent ce principe ; mais qui parmi nous (je suis sûr qu’il n’est pas ici à cette chaire) peut oser dire qu’il a vécu entièrement pour le Christ, comme l’apôtre l’a fait ? Et pourtant, à moins qu’il n’y ait plus de Paul, et plus d’hommes dédiés au Christ, nous ne verrons jamais le royaume de Dieu venir, et nous ne pouvons espérer de voir sa volonté faite sur la terre, comme au ciel.

Or, c’est la vraie vie d’un chrétien, sa source, sa racine, sa subsistance, son moule et sa finalité, tous réunis en un seul mot, Jésus-Christ ; et, je dois ajouter, son bonheur et sa gloire, tout est dans le Christ.

Charles Spurgeon, « The Good Man’s Life and Death », sermon prêché le 16 août 1857 (source).

 

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